3  Modèles linéaires généralisés (GLM)

Dernière modification

9 octobre 2026

La régression linéaire et la régression logistique partagent plusieurs concepts : inférence sur les coefficients \(\beta\), sélection de modèles, diagnostics. Ce chapitre en donne une présentation unifiée : on suppose que la loi de la variable réponse appartient à la famille exponentielle, qui inclut notamment les lois normale, de Bernoulli, binomiale, de Poisson et gamma. Les régressions linéaire et logistique, vues aux chapitres précédents, en sont donc des cas particuliers.

3.1 Famille exponentielle

3.1.1 Définition

Définition — Famille exponentielle

La loi de la variable aléatoire \(Y\) appartient à la famille exponentielle si sa fonction de probabilité (densité si \(Y\) est continue, fonction de masse si \(Y\) est discrète) s’écrit

\[ f_Y(y) = a(y,\phi)\exp\left\{\frac{y\theta - b(\theta)}{\phi}\right\}, \]

où \(\theta\) est le paramètre canonique et \(\phi\) le paramètre de dispersion. La fonction \(b(\cdot)\) est appelée fonction cumulante.

Cette écriture peut sembler abstraite au premier abord, mais elle a l’avantage de regrouper sous un même formalisme des lois qui semblent, à première vue, très différentes (continues ou discrètes, bornées ou non). Une fois qu’une loi est mise sous cette forme, on peut en déduire directement son espérance et sa variance, sans repasser par le calcul habituel des moments.

Remarque — Forme canonique générale

La forme utilisée ci-dessus est celle adaptée aux GLM, où \(\phi\) apparaît explicitement comme diviseur. En statistique mathématique, on rencontre plus souvent une écriture encore plus générale, sans référence à \(\phi\) :

\[ f_Y(y\mid\theta) = h(y)\, c(\theta)\, \exp\left\{\sum_{k=1}^K w_k(\theta)\, t_k(y)\right\}, \]

où \(h(y)\) ne dépend pas de \(\theta\), \(c(\theta)\) est une constante de normalisation ne dépendant pas de \(y\), et les \(t_k(y)\) sont des statistiques suffisantes associées aux paramètres naturels \(w_k(\theta)\).

Dans le cas à un seul paramètre naturel (\(K=1\)), avec \(t_1(y) = y\), cette écriture se réduit à

\[ f_Y(y\mid\theta) = h(y)\exp\left\{w(\theta)\, y - A(\theta)\right\}, \qquad A(\theta) = -\log c(\theta). \]

On retrouve la forme du chapitre en posant \(w(\theta) = \theta/\phi\) et \(A(\theta) = b(\theta)/\phi\) : le paramètre de dispersion \(\phi\) se trouve alors absorbé dans le paramètre naturel et dans \(h(y)\) plutôt que d’apparaître séparément. Cette forme rappelle en particulier que \(Y\) est une statistique suffisante pour \(\theta\) dans un GLM, puisque \(t(y)=y\).

Propriété — Moments d’une variable de la famille exponentielle

Si \(Y\) appartient à la famille exponentielle, alors

\[ E[Y] = \mu = b'(\theta) \qquad \text{et} \qquad Var[Y] = \phi\, b''(\theta) = \phi\, V(\mu), \]

où \(V(u) = b''\!\left[(b')^{-1}(u)\right]\) est appelée fonction de variance.

Pour aller plus loin avec la théorie — Calcul de tous les moments par la fonction génératrice des cumulants

La propriété précédente ne donne que le premier moment et la variance. On peut en fait obtenir tous les moments de \(Y\) en passant par sa fonction génératrice des moments (MGF).

Fonction génératrice des moments. Pour \(Y\) de densité \(f_Y(y) = a(y,\phi)\exp\{(y\theta-b(\theta))/\phi\}\),

\[ M_Y(t) = E[e^{tY}] = \int a(y,\phi)\exp\left\{\frac{y(\theta+t\phi) - b(\theta)}{\phi}\right\}dy. \]

Puisque \(f_Y\) s’intègre à \(1\) pour tout paramètre canonique valide \(\theta'\), on sait que

\[ \int a(y,\phi)\exp\left\{\frac{y\theta'}{\phi}\right\}dy = \exp\left\{\frac{b(\theta')}{\phi}\right\}. \]

En posant \(\theta' = \theta+t\phi\) dans l’intégrale de \(M_Y(t)\), celle-ci se réduit à

\[ M_Y(t) = \exp\left\{\frac{b(\theta+t\phi) - b(\theta)}{\phi}\right\}. \]

Fonction génératrice des cumulants. En prenant le logarithme de \(M_Y(t)\), on obtient la fonction génératrice des cumulants (CGF) :

\[ K(t) = \log M_Y(t) = \frac{b(\theta+t\phi) - b(\theta)}{\phi}. \]

Les cumulants \(\kappa_n\) de \(Y\) sont par définition les dérivées de \(K(t)\) évaluées en \(t=0\). En dérivant \(n\) fois par rapport à \(t\) (la dérivation porte uniquement sur \(\theta+t\phi\), chaque dérivation faisant sortir un facteur \(\phi\)),

\[ K^{(n)}(t) = \phi^{\,n-1}\, b^{(n)}(\theta+t\phi) \qquad\Longrightarrow\qquad \kappa_n = K^{(n)}(0) = \phi^{\,n-1}\, b^{(n)}(\theta). \]

Ainsi, chaque cumulant de \(Y\) s’obtient simplement en dérivant \(n\) fois la fonction cumulante \(b(\theta)\), puis en multipliant par \(\phi^{n-1}\) — d’où le nom de \(b(\theta)\). On retrouve en particulier \(\kappa_1 = b'(\theta) = \mu\) et \(\kappa_2 = \phi\, b''(\theta) = \phi\, V(\mu)\), conformément à la propriété précédente.

Des cumulants aux moments. Les cumulants d’ordre supérieur donnent accès aux caractéristiques de forme de la loi, par les relations cumulants-moments usuelles, par exemple :

\[ \kappa_3 = E[(Y-\mu)^3] \qquad\text{(asymétrie)}, \qquad \kappa_4 = E[(Y-\mu)^4] - 3\kappa_2^2 \qquad\text{(aplatissement en excès)}. \]

Le paramètre canonique \(\theta\) est donc directement lié à l’espérance de \(Y\) (via \(\mu = b'(\theta)\)), tandis que le paramètre de dispersion \(\phi\) module l’amplitude de la variance autour de la fonction de variance \(V(\mu)\), qui elle dépend de la loi choisie. Pour certaines lois (Bernoulli, binomiale, Poisson), \(\phi\) est fixé à 1 : la variance ne dépend alors que de la moyenne, une contrainte qu’il faudra garder à l’œil lors des diagnostics (voir la surdispersion).

3.1.2 Mise en forme des lois usuelles

Pour identifier \(\theta\), \(\phi\), \(a(y,\phi)\) et \(b(\theta)\) pour une loi donnée, la démarche est toujours la même : on part de la fonction de probabilité, on prend son logarithme, et on réarrange les termes pour faire apparaître la forme \(\{y\theta - b(\theta)\}/\phi\), tout ce qui reste (ne dépendant pas de \(\theta\)) formant \(\log a(y,\phi)\).

Exemple — Loi normale

Soit \(Y\sim\mathcal{N}(\mu,\sigma^2)\), de densité

\[ f_Y(y) = \frac{1}{\sqrt{2\pi\sigma^2}}\exp\left\{-\frac{(y-\mu)^2}{2\sigma^2}\right\}. \]

En développant le carré au numérateur de l’exposant,

\[ -\frac{(y-\mu)^2}{2\sigma^2} = \frac{y\mu - \mu^2/2}{\sigma^2} - \frac{y^2}{2\sigma^2}, \]

on obtient

\[ f_Y(y) = \underbrace{\frac{1}{\sqrt{2\pi\sigma^2}}\exp\left\{\frac{-y^2}{2\sigma^2}\right\}}_{a(y,\phi)}\exp\left\{\frac{y\mu - \mu^2/2}{\sigma^2}\right\}. \]

En comparant à la forme générale :

\[ \theta = \mu, \qquad \phi = \sigma^2, \qquad b(\theta) = \frac{\mu^2}{2}. \]

On vérifie que

\[ b'(\theta) = \theta = \mu, \qquad b''(\theta) = 1. \]

D’où

\[ E[Y] = \mu, \qquad Var[Y] = \sigma^2 \times 1 = \sigma^2, \qquad V(\mu) = 1. \]

La variance ne dépend donc pas de la moyenne.

Exemple — Loi binomiale

Soit \(Y\sim\mathrm{Bin}(m,\pi)\), de fonction de masse

\[ P(Y=y) = \binom{m}{y}\pi^y(1-\pi)^{m-y}, \qquad y = 0,1,\ldots,m. \]

On isole d’abord le terme en \(y\) dans l’exponentielle :

\[ \pi^y(1-\pi)^{m-y} = \exp\left\{y\log(\pi) + (m-y)\log(1-\pi)\right\} = \exp\left\{y\log\!\left(\frac{\pi}{1-\pi}\right) + m\log(1-\pi)\right\}. \]

Ce qui permet la réécriture

\[ P(Y=y) = \binom{m}{y}\exp\left\{y\log\!\left(\frac{\pi}{1-\pi}\right) + m\log(1-\pi)\right\}, \qquad y = 0,1,\ldots,m. \]

On identifie donc

\[ \theta = \log\!\left(\frac{\pi}{1-\pi}\right), \qquad \phi = 1, \qquad a(y,\phi) = \binom{m}{y}. \]

Le paramètre canonique \(\theta\) est ici le logit de \(\pi\), ce qui explique pourquoi ce lien est dit canonique pour la loi binomiale.

Comme \(\pi = e^\theta/(1+e^\theta)\), on a

\[ 1-\pi = \frac{1}{1+e^\theta} \qquad\Longrightarrow\qquad \log(1-\pi) = -\log(1+e^\theta). \]

D’où

\[ b(\theta) = -m\log(1-\pi) = m\log(1+e^\theta). \]

On vérifie que

\[ b'(\theta) = m\pi = E[Y], \qquad b''(\theta) = m\pi(1-\pi) = Var[Y]. \]

En substituant \(\mu = m\pi\), on obtient

\[ V(\mu) = \frac{\mu(m-\mu)}{m}. \]

Exemple — Loi de Poisson

Soit \(Y\sim\mathcal{P}(\lambda)\), de fonction de masse

\[ P(Y=y) = \frac{\lambda^y e^{-\lambda}}{y!} = \frac{1}{y!}\exp\left\{y\log(\lambda) - \lambda\right\}, \qquad y = 0,1,2,\ldots \]

On identifie directement

\[ \theta = \log(\lambda), \qquad \phi = 1, \qquad a(y,\phi) = \frac{1}{y!}, \qquad b(\theta) = \lambda = e^\theta. \]

On a

\[ b'(\theta) = e^\theta = \lambda, \qquad b''(\theta) = e^\theta = \lambda. \]

Ceci redonne la propriété bien connue

\[ E[Y] = Var[Y] = \lambda, \qquad V(\mu) = \mu. \]

Exemple — Loi gamma

La loi gamma est habituellement paramétrée par sa forme \(\alpha\) et son taux (ou son échelle) \(\beta\). Pour l’écrire sous forme exponentielle avec un paramètre canonique lié directement à la moyenne, on la reparamétrise avec

\[ \mu = \alpha\beta \quad\text{(la moyenne)}, \qquad \phi = \frac{1}{\alpha}. \]

Après réarrangement, on obtient

\[ \theta = -\frac{1}{\mu}, \qquad b(\theta) = -\log(-\theta). \]

On vérifie que

\[ b'(\theta) = -\frac{1}{\theta} = \mu, \qquad b''(\theta) = \frac{1}{\theta^2} = \mu^2. \]

D’où

\[ Var[Y] = \phi\mu^2, \qquad V(\mu) = \mu^2. \]

Contrairement aux trois exemples précédents, la variance croît ici avec le carré de la moyenne.

Le tableau suivant résume ces résultats :

loi \(\theta\) \(\phi\) \(b(\theta)\) \(V(\mu)\)
\(\mathcal{N}(\mu,\sigma^2)\) \(\mu\) \(\sigma^2\) \(\theta^2/2\) \(1\)
\(\mathrm{Bin}(m,\pi)\) \(\log\{\pi/(1-\pi)\}\) \(1\) \(m\log(1+e^\theta)\) \(\mu(m-\mu)/m\)
\(\mathcal{P}(\lambda)\) \(\log(\lambda)\) \(1\) \(e^\theta\) \(\mu\)
\(\mathrm{Gamma}(\mu,\phi)\) \(-1/\mu\) \(\phi\) \(-\log(-\theta)\) \(\mu^2\)

3.2 Définition d’un modèle linéaire généralisé

Définition — Modèle linéaire généralisé

Un modèle linéaire généralisé (GLM) est composé de trois éléments :

  1. Composante aléatoire : \(Y_i\) suit une loi de la famille exponentielle de paramètres \((\theta_i, \phi)\). Chaque observation possède son propre paramètre canonique \(\theta_i\), mais le paramètre de dispersion \(\phi\) est commun à toutes les observations. Ainsi \(E[Y_i] = \mu_i = b'(\theta_i)\) et \(Var[Y_i] = \phi\, V(\mu_i)\).

  2. Composante systématique : le prédicteur linéaire \(\eta_i = \beta_0 + \beta_1 X_{i1} + \cdots + \beta_p X_{ip}\), qui combine linéairement les variables explicatives.

  3. Fonction de lien : une fonction \(g\), monotone et dérivable, qui relie l’espérance \(\mu_i\) au prédicteur linéaire par \(g(\mu_i) = \eta_i\).

Définition — Lien canonique

La fonction de lien est dite canonique lorsqu’elle égale directement \(\eta_i\) au paramètre canonique \(\theta_i\), c’est-à-dire lorsque \(g[b'(u)] = u\) pour tout \(u\). C’est le choix qui apparaît naturellement lorsqu’on écrit la loi sous forme exponentielle : par exemple, pour la loi binomiale, \(\theta = \text{logit}(\pi)\), d’où le lien logit ; pour la loi de Poisson, \(\theta = \log(\lambda)\), d’où le lien log.

Les paramètres du modèle sont donc \(\boldsymbol\beta = (\beta_0,\ldots,\beta_p)^\top\) et \(\phi\). On retrouve comme cas particuliers la régression linéaire (loi normale, lien identité), la régression logistique (loi binomiale, lien logit) et la régression de Poisson (loi de Poisson, lien log). Rien n’empêche cependant d’utiliser un lien non canonique ; le lien canonique n’a pas de statut privilégié sur le plan de l’interprétation, mais il simplifie certains calculs, comme on le verra à la section suivante.

3.3 Estimation des paramètres

3.3.1 Vraisemblance et score

La log-vraisemblance des données \(\Delta = \{(Y_i,X_i)\}\) s’écrit, en sommant les contributions individuelles données par la forme exponentielle,

\[ \ell(\boldsymbol\beta,\phi\mid\Delta) = \sum_{i=1}^n\log[a(y_i,\phi)] + \frac{1}{\phi}\sum_{i=1}^n[y_i\theta_i - b(\theta_i)] = \ell_1(\phi) + \frac{1}{\phi}\, \ell_2(\boldsymbol\beta). \]

Le point important est que \(\theta_i\) dépend de \(\boldsymbol\beta\) (indirectement, via \(\mu_i = g^{-1}(\eta_i)\) puis \(\theta_i = (b')^{-1}(\mu_i)\)), mais que \(\phi\) n’apparaît que comme facteur multiplicatif devant \(\ell_2(\boldsymbol\beta)\) et dans le terme \(\ell_1(\phi)\), qui ne dépend pas de \(\boldsymbol\beta\). Il s’ensuit que l’estimateur du maximum de vraisemblance \(\hb\) maximise \(\ell_2(\boldsymbol\beta)\) seul, peu importe la valeur de \(\phi\) : l’estimation de \(\boldsymbol\beta\) et celle de \(\phi\) se font donc de façon séparée.

Comme pour la régression logistique, il n’existe généralement pas de solution analytique à ce problème de maximisation, à cause de la fonction de lien \(g\), qui introduit une relation non linéaire entre \(\boldsymbol\beta\) et l’espérance \(\mu_i\). On résout donc numériquement l’équation du score par l’algorithme IRLS (Iteratively Reweighted Least Squares), une application de la méthode de Fisher scoring à ce problème : à chaque itération, on ajuste une régression linéaire pondérée dont les poids et la variable réponse transformée sont mis à jour à partir des valeurs ajustées courantes, jusqu’à convergence.

3.3.2 loi asymptotique de \(\hb\)

Propriété — loi asymptotique de l’estimateur du maximum de vraisemblance

L’estimateur \(\hb\) obtenu par maximisation de \(\ell_2(\boldsymbol\beta)\) a pour loi asymptotique

\[ \hb \ \overset{\cdot}{\sim}\ \mathcal{N}\left\{\boldsymbol\beta,\ \phi\,(X^\top W X)^{-1}\right\}, \]

où \(X\) est la matrice de design, \(W = \mathrm{diag}\{W_1,\ldots,W_n\}\) et

\[ W_i = \frac{1}{V(\hat\mu_i)\left[g'(\hat\mu_i)\right]^2}, \]

avec \(\hat\mu_i = g^{-1}(\hat\eta_i)\) et \(\hat\eta_i = \hat\beta_0 + \hat\beta_1 X_{i1} + \cdots + \hat\beta_p X_{ip}\).

Cette forme englobe les résultats vus aux chapitres précédents : en régression linéaire (\(V(\mu)=1\), \(g'(\mu)=1\)), \(W_i = 1\) pour tout \(i\) et on retrouve la variance usuelle des moindres carrés ; en régression logistique (\(m_i=1\)), on retrouve \(w_i = \hat\mu_i(1-\hat\mu_i)\) après simplification.

3.3.3 Déviance individuelle

Comme au chapitre sur la régression logistique, on veut comparer l’ajustement \(\mu\) d’un modèle à l’ajustement parfait \(y\), et ce pour n’importe quelle loi de la famille exponentielle. Posons

\[ t(y,\mu) = y\theta - b(\theta), \]

la partie de la log-vraisemblance individuelle qui dépend de \(\theta\) (donc de \(\mu\), puisque \(\mu = b'(\theta)\)). La déviance individuelle est alors définie, comme dans le cas binomial, par deux fois la différence entre la vraisemblance évaluée en l’ajustement parfait et celle évaluée en \(\mu\) :

\[ d(y,\mu) = 2\left\{t(y,y) - t(y,\mu)\right\}. \]

Propriété — Non-négativité de la déviance individuelle

En dérivant \(d(y,\mu)\) par rapport à \(\theta\) (le paramètre canonique associé à \(\mu\)),

\[ \frac{\partial d(y,\mu)}{\partial\theta} = -\{y - b'(\theta)\} \qquad \text{et} \qquad \frac{\partial^2 d(y,\mu)}{\partial\theta^2} = b''(\theta) = V(\mu) > 0. \]

La dérivée première s’annule lorsque \(\mu = y\), et la dérivée seconde est toujours positive : \(d(y,\mu)\) atteint donc un minimum en \(\mu=y\), où elle vaut \(0\). Ainsi \(d(y,\mu) \geq 0\) pour tout \(\mu\), avec égalité si et seulement si \(\mu = y\).

Pour la loi normale, on retrouve \(d(y,\mu) = (y-\mu)^2\) : la déviance individuelle généralise donc directement le carré du résidu utilisé en régression linéaire classique.

Propriété — loi asymptotique de la déviance

On montre que \(d(Y,\mu)/\phi\) suit approximativement une loi \(\chi^2_1\). Pour des variables indépendantes \(\{Y_1,\ldots,Y_n\}\) de paramètres \((\mu_i,\phi)\), où le paramètre de dispersion \(\phi\) est commun à toutes les observations, la déviance et la déviance standardisée du modèle sont

\[ D(y,\mu) = \sum_{i=1}^n d(y_i,\mu_i) \qquad\text{et}\qquad D^*(y,\mu) = \frac{D(y,\mu)}{\phi} \ \overset{\cdot}{\sim}\ \chi^2_n. \]

Remarque — Le cas normal

Dans le cas de la loi normale, on a

\[ D^*(y,\mu) = \frac{D(y,\mu)}{\phi} = \frac{\sum_{i=1}^n (y_i-\mu_i)^2}{\sigma^2} \sim \chi^2_n, \]

qui n’est pas une approximation, mais bien la loi exacte de la déviance standardisée.

3.3.4 Estimation de \(\phi\)

Si \(\phi\) est fixé par la loi (Bernoulli, binomiale, Poisson), la procédure d’estimation s’arrête à \(\hb\). Autrement (loi normale, gamma), \(\phi\) doit lui aussi être estimé. L’estimateur du maximum de vraisemblance de \(\phi\) est biaisé en petits échantillons, ce qui motive l’usage d’estimateurs par la méthode des moments plutôt que de rechercher directement le maximum de \(\ell_1(\phi)\).

On calcule pour cela deux statistiques, qui généralisent la statistique du khi-deux de Pearson et la déviance vues en régression logistique :

\[ X^2 = \sum_{i=1}^n\frac{(y_i - \hat\mu_i)^2}{V(\hat\mu_i)} \qquad\text{et}\qquad D(y,\hat\mu) = \sum_{i=1}^n d(y_i,\hat\mu_i). \]

Ces deux statistiques, une fois divisées par \(\phi\), suivent approximativement une loi \(\chi^2_{n-(p+1)}\), ce qui mène directement aux estimateurs de Pearson et de déviance :

\[ \tilde\phi_P = \frac{X^2}{n-(p+1)}, \qquad \tilde\phi_D = \frac{D(y,\hat\mu)}{n-(p+1)}. \]

Remarque — Lequel choisir?

L’estimateur de Pearson possède un biais négligeable et demeure raisonnablement robuste à une mauvaise spécification de la loi ; c’est l’estimateur utilisé par défaut par la fonction glm de R. L’estimateur de déviance a une variance plus faible en général, mais peut devenir instable lorsque des valeurs de \(y\) sont proches des bornes de leur support (par exemple, \(y\) près de \(0\) pour la loi gamma).

Pour aller plus loin avec la théorie — Estimateurs de \(\phi\) par la méthode des moments

On cherche un estimateur de \(\phi\) à partir des deux statistiques

\[ X^2 = \sum_{i=1}^n\frac{(y_i - \hat\mu_i)^2}{V(\hat\mu_i)}, \qquad D(y,\hat\mu) = \sum_{i=1}^n d(y_i,\hat\mu_i), \]

sachant que chacune, une fois divisée par \(\phi\), suit approximativement une loi du khi-deux :

\[ \frac{X^2}{\phi} \ \overset{\cdot}{\sim}\ \chi^2_{n-(p+1)}, \qquad \frac{D(y,\hat\mu)}{\phi} \ \overset{\cdot}{\sim}\ \chi^2_{n-(p+1)}. \]

Espérance d’une loi du khi-deux. Une variable suivant une loi \(\chi^2_d\) a pour espérance \(d\). En appliquant ce fait aux deux quantités ci-dessus,

\[ E\!\left[\frac{X^2}{\phi}\right] \approx n-(p+1), \qquad E\!\left[\frac{D(y,\hat\mu)}{\phi}\right] \approx n-(p+1). \]

Isoler \(\phi\). Le paramètre \(\phi\) est une constante, pas une variable aléatoire ; il peut donc sortir de l’espérance dans chacune des deux expressions :

\[ \frac{E[X^2]}{\phi} \approx n-(p+1), \qquad \frac{E[D(y,\hat\mu)]}{\phi} \approx n-(p+1). \]

En résolvant pour \(\phi\),

\[ \phi \approx \frac{E[X^2]}{n-(p+1)}, \qquad \phi \approx \frac{E[D(y,\hat\mu)]}{n-(p+1)}. \]

Substitution empirique. La méthode des moments consiste précisément à remplacer une espérance théorique, qu’on ne connaît pas, par sa valeur observée. On remplace donc \(E[X^2]\) par \(X^2\) et \(E[D(y,\hat\mu)]\) par \(D(y,\hat\mu)\), ce qui donne les deux estimateurs :

\[ \tilde\phi_P = \frac{X^2}{n-(p+1)}, \qquad \tilde\phi_D = \frac{D(y,\hat\mu)}{n-(p+1)}. \]

La division par \(n-(p+1)\) plutôt que par \(n\) permet en plus d’obtenir un estimateur sans biais.

3.4 Inférence statistique

3.4.1 Intervalles de confiance et tests pour \(\beta_j\)

Cas où \(\phi\) est fixé. Comme en régression logistique, les intervalles de confiance et les tests concernant \(\boldsymbol\beta\) reposent sur la normalité asymptotique de \(\hb\). Un intervalle de confiance de niveau \((1-\alpha)\) pour \(\beta_j\) est

\[ \left[\hbj{j} - z_{\alpha/2}\sqrt{\phi\, v_j}\,;\ \hbj{j} + z_{\alpha/2}\sqrt{\phi\, v_j}\right], \]

où \(v_j\) est le \((j+1)^{\text{ème}}\) élément diagonal de \((X^\top W X)^{-1}\) et \(z_\gamma\) est le quantile de la \(\mathcal{N}(0,1)\) défini par \(P(Z>z_\gamma)=\gamma\). Le test de \(H_0 : \beta_j = 0\) se fait exactement comme au chapitre précédent, avec \(z_{obs} = \hbj{j}/\sqrt{\phi\, v_j}\).

Cas où \(\phi\) est inconnu. On remplace \(\phi\) par son estimateur \(\tilde\phi_P\), et les quantiles de la \(\mathcal{N}(0,1)\) par ceux de la loi de Student à \(n-(p+1)\) degrés de liberté, pour tenir compte de l’incertitude additionnelle introduite par l’estimation de \(\phi\) :

\[ \left[\hbj{j} - t_{\alpha/2,\,n-(p+1)}\sqrt{\tilde\phi_P\, v_j}\,;\ \hbj{j} + t_{\alpha/2,\,n-(p+1)}\sqrt{\tilde\phi_P\, v_j}\right]. \]

Pour aller plus loin avec la théorie — Les intervalles de confiance

Le cas \(\phi\) inconnu regroupe en réalité deux situations de nature théorique différente.

Pour la gaussienne, la gamma ou l’inverse gaussienne, \(\phi\) est un paramètre naturel de la famille exponentielle. L’intervalle de confiance basé sur la loi de Student à \(n-(p+1)\) degrés de liberté découle alors directement de la théorie de la vraisemblance exacte.

Pour les modèles quasi-Poisson et quasi-binomiale (cas de surdispersion), la situation est différente : Poisson et la binomiale imposent nominalement \(\phi=1\), et ne sont donc pas de vraies familles exponentielles à dispersion libre. Lorsqu’on observe de la surdispersion, on relâche cette contrainte en introduisant un \(\phi\) libre estimé par \(\tilde\phi_P\), sans changer la fonction de variance sous-jacente. On obtient alors le même intervalle

\[ \left[\hbj{j} - t_{\alpha/2,\,n-(p+1)}\sqrt{\tilde\phi_P\, v_j}\,;\ \hbj{j} + t_{\alpha/2,\,n-(p+1)}\sqrt{\tilde\phi_P\, v_j}\right], \]

mais sa justification repose sur une approximation asymptotique via la quasi-vraisemblance plutôt que sur la théorie exacte de la vraisemblance. Le résultat pratique est identique, mais la garantie théorique est un peu plus faible que dans le cas d’une vraie famille exponentielle à dispersion libre.

3.4.2 Intervalle de confiance pour une valeur prédite

Pour une observation future \(X^* = (1,X_1^*,\ldots,X_p^*)^\top\), on pose \(\eta^* = {X^*}^\top\boldsymbol\beta\) et \(\mu^* = g^{-1}(\eta^*)\). Comme \(\hat\eta^*\) est une combinaison linéaire de \(\hat\beta\), sa variance s’obtient directement :

\[ \hat{\text V}(\hat\eta^*) = {X^*}^\top \hat{\text V}(\hat\beta)\, X^*, \]

d’où l’intervalle de confiance pour \(\eta^*\),

\[ \left[{X^*}^\top\hat\beta \pm z_{\alpha/2}\sqrt{\hat{\text V}(\hat\eta^*)}\right], \]

et, en appliquant \(g^{-1}\) aux deux bornes, un intervalle de confiance pour \(\mu^*\). Comme pour la régression logistique, cette façon de procéder (transformer les bornes de l’intervalle construit sur l’échelle du prédicteur linéaire) garantit que l’intervalle final respecte le domaine de \(\mu^*\) (par exemple \([0,1]\) pour une proportion), contrairement à une application directe de la méthode du delta sur \(\hat\mu^*\).

3.4.3 Comparaison de modèles emboîtés

Pour comparer un modèle réduit \(A\) à un modèle complet \(B\) (avec \(A\) emboîté dans \(B\)), on procède par différence de déviances, comme en régression logistique.

Propriété — Cas \(\phi\) fixé

\[ X_{obs} = \frac{D_A(y,\hat\mu) - D_B(y,\hat\mu)}{\phi} \]

suit approximativement une loi \(\chi^2_d\) sous l’hypothèse que le modèle réduit \(A\) est adéquat, où \(d\) est la différence du nombre de paramètres entre les deux modèles. On rejette \(H_0\) au seuil \(\alpha\) si \(X_{obs} > \chi^2_{d,\alpha}\).

Propriété — Cas \(\phi\) inconnu

On remplace \(\phi\) par \(\tilde\phi_P\) (calculé sur le modèle complet) et on compare à une loi \(F\) plutôt qu’à une loi \(\chi^2\), pour tenir compte de l’incertitude sur \(\phi\) :

\[ X_{obs} = \frac{\{D_A(y,\hat\mu) - D_B(y,\hat\mu)\}/d}{\tilde\phi_P}\ \sim\ F_{d,\,n-(p+1)} \quad\text{sous } H_0. \]

3.5 Sélection et validation de modèles

Les procédures pas à pas backward, forward et stepwise, telles que décrites au chapitre précédent, restent valides pour tout GLM, sur la base des critères

\[ AIC = -2\,\ell(\hb,\tilde\phi_P\mid\Delta) + 2(p+1), \qquad BIC = -2\,\ell(\hb,\tilde\phi_P\mid\Delta) + \log(n)(p+1). \]

De même, les outils de validation vus aux chapitres sur les régressions linéaire et logistique — résidus de Pearson et de déviance, effet levier, DFBETAS, DFFITS, distance de Cook — se généralisent directement à l’ensemble des GLM, en substituant la déviance individuelle \(d_i\) à la somme des carrés des résidus lorsque requis.

3.6 Exemple détaillé : la régression de Poisson

La variable réponse \(Y_i \in \mathbb{N}\) dénote ici un dénombrement (nombre de survivants dans un groupe, nombre de nouveaux cas d’une maladie, nombre de sinistres, etc.). La régression de Poisson suppose \(Y_i \sim \mathcal{P}(\mu_i)\) :

\[ P(Y_i = y_i) = e^{-\mu_i}\frac{\mu_i^{y_i}}{y_i!}, \qquad E[Y_i] = Var[Y_i] = \mu_i. \]

Exemple — Jeu de données empress

Le 29 mai 1914, le paquebot Empress of Ireland coule dans le fleuve Saint-Laurent, au large de Pointe-au-Père (Rimouski), après une collision avec le charbonnier Storstad. Le navire sombre en moins de quinze minutes. Le jeu de données porte sur les 1057 passagers à bord (l’équipage est exclu) et existe en deux versions :

  1. empress_individus.csv : une ligne par passager, avec la classe (classe, et sa version numérique classe_num valant 1, 2 ou 3), le sexe (sexe), le groupe d’âge (groupe_age) et une indicatrice de survie (survecu).

  2. empress_agrege.csv : une ligne par strate classe \(\times\) sexe \(\times\) groupe d’âge (11 strates, aucun garçon ne voyageant en première classe), avec le nombre de passagers \(m_i\) (effectif) et le nombre de survivants \(y_i\) (survivants).

Cette section utilise la version agrégée ; la version individuelle est utilisée au chapitre sur la validation croisée.

library(dplyr)
library(ggplot2)

niveaux.classe <- c("Première", "Deuxième", "Troisième")

empress.agr <- read.csv("Jeux de données/empress_agrege.csv")
empress.agr$classe <- factor(empress.agr$classe, levels = niveaux.classe)
empress.agr
      classe  sexe groupe_age effectif survivants classe_num
1   Première Homme     Adulte       49         24          1
2   Première Femme     Adulte       34         11          1
3   Première Femme     Enfant        4          1          1
4   Deuxième Homme     Adulte      114         33          2
5   Deuxième Homme     Enfant       11          0          2
6   Deuxième Femme     Adulte      107         13          2
7   Deuxième Femme     Enfant       21          2          2
8  Troisième Homme     Adulte      446        115          3
9  Troisième Homme     Enfant       54          1          3
10 Troisième Femme     Adulte      169         17          3
11 Troisième Femme     Enfant       48          0          3

Avec la fonction de lien canonique \(g(\mu_i) = \log(\mu_i)\), on a

\[ \mu_i = e^{\eta_i}, \qquad \eta_i = \beta_0 + \beta_1 X_{i1} + \cdots + \beta_p X_{ip}, \]

c’est-à-dire

\[ \mu_i = e^{\beta_0}\times\left\{e^{\beta_1}\right\}^{X_{i1}}\times\cdots\times\left\{e^{\beta_p}\right\}^{X_{ip}}. \]

Remarque — Interprétation des coefficients

Si \(X_{ij}\) augmente d’une unité, toutes les autres variables étant fixées, \(\mu_i\) est multiplié par \(e^{\beta_j}\) : l’effet est multiplicatif sur l’échelle de la réponse, exactement comme le rapport de cotes \(e^{\beta_j}\) l’était sur la cote en régression logistique. Si \(\beta_j > 0\), alors \(e^{\beta_j}>1\) et \(\mu_i\) croît avec \(X_{ij}\) ; si \(\beta_j<0\), \(\mu_i\) décroît.

3.6.1 Variables explicatives offset

Pour aller plus loin avec la théorie — Approximation de la loi binomiale par la loi de Poisson

Soit \(Y_i \sim \text{Bin}(m_i, \pi_i)\). Si \(m_i \to \infty\) et \(\pi_i \to 0\) de sorte que \(\mu_i = m_i\pi_i\) reste fixe (ou converge vers une constante), alors la loi de \(Y_i\) converge vers une loi de Poisson de moyenne \(\mu_i\) :

\[ P(Y_i = y) = \binom{m_i}{y}\pi_i^y(1-\pi_i)^{m_i-y} \;\longrightarrow\; e^{-\mu_i}\frac{\mu_i^y}{y!}. \]

Intuition. Quand \(\pi_i\) est petit, l’événement \(\{Y_i = y\}\) correspond à \(y\) « succès » très improbables parmi un très grand nombre d’essais. Le nombre d’essais \(m_i\) n’a alors presque plus d’importance en soi : ce qui détermine la loi de \(Y_i\), c’est essentiellement le produit \(\mu_i = m_i \pi_i\), c’est-à-dire le nombre de succès attendu. Deux strates avec des \((m_i,\pi_i)\) très différents mais le même \(\mu_i\) (par exemple \(m_i=10\,000,\ \pi_i=0{,}001\) contre \(m_i=1000,\ \pi_i=0{,}01\)) produisent des distributions de \(Y_i\) presque identiques.

Repère pratique. L’approximation est jugée satisfaisante lorsque \(m_i\) est grand (disons \(m_i \geq 20\)) et \(\pi_i\) est petit (disons \(\pi_i \leq 0{,}05\)), de sorte que \(\mu_i = m_i\pi_i\) demeure modéré. C’est le cas de la strate des garçons de troisième classe d’empress : \(m = 54\) et \(\tilde\pi = 1/54 \approx 0{,}019\), d’où \(\mu \approx 1\). Ce ne l’est pas pour les hommes adultes de première classe (\(m = 49\), \(\tilde\pi = 24/49 \approx 0{,}49\)), un point sur lequel on reviendra lors des diagnostics.

Conséquence pour la modélisation. Dans ce régime, les deux paramètres \((m_i,\pi_i)\) ne sont plus identifiables séparément à partir de \(Y_i\) seul : seule leur combinaison \(\mu_i\) compte. Il devient donc plus naturel — et numériquement plus stable — de modéliser directement \(\mu_i\) comme un compte de Poisson plutôt que \(\pi_i\) comme une proportion binomiale. Comme \(\mu_i\) dépend mécaniquement de \(m_i\) (une strate plus grande produit plus de cas même à risque individuel égal), on ne relie pas les covariables à \(\mu_i\) directement, mais au taux \(\mu_i/m_i\), ce qui mène à la variable offset \(\log(m_i)\) introduite plus bas.

Lorsque la probabilité individuelle de l’événement est petite (par exemple \(\tilde\pi = 1/54 \approx 0{,}019\) pour les garçons de troisième classe), les nombres de cas se comportent davantage comme un dénombrement rare que comme une proportion binomiale, et la régression de Poisson devient une alternative naturelle à la régression logistique. On modélise alors l’espérance du taux \(Y_i/m_i\) :

\[ \log\!\left(\frac{\mu_i}{m_i}\right) = \beta_0 + \beta_1 X_{i1} + \cdots + \beta_p X_{ip} \quad\Longleftrightarrow\quad \log(\mu_i) = \beta_0 + \log(m_i) + \beta_1 X_{i1} + \cdots + \beta_p X_{ip}. \]

Définition — Variable offset

Le terme \(\log(m_i)\) dans l’équation ci-dessus est une variable explicative dont le coefficient est fixé à \(1\) plutôt qu’estimé : on parle de variable offset. Une variable offset est utile lorsque l’espérance de \(Y_i\) est proportionnelle à une autre quantité connue (une population exposée, une durée d’exposition, un effort d’échantillonnage), et qu’on souhaite modéliser un taux plutôt qu’un compte brut.

Exemple — Ajustement sur empress

On modélise le nombre de survivants de chaque strate, avec l’effectif de la strate comme offset et des effets additifs de la classe, du sexe et du groupe d’âge.

modele.additif <- glm(survivants ~ offset(log(effectif)) + classe + sexe + groupe_age,
                      family = poisson, data = empress.agr)
summary(modele.additif)$coefficients
                   Estimate Std. Error   z value     Pr(>|z|)
(Intercept)      -1.3576348  0.2108504 -6.438852 1.203801e-10
classeDeuxième   -0.6542217  0.2208236 -2.962644 3.050087e-03
classeTroisième  -0.8020421  0.1888224 -4.247599 2.160736e-05
sexeHomme         0.7651304  0.1714048  4.463880 8.048867e-06
groupe_ageEnfant -1.8689502  0.5061053 -3.692809 2.217905e-04
exp(coef(modele.additif))
     (Intercept)   classeDeuxième  classeTroisième        sexeHomme 
       0.2572685        0.5198465        0.4484123        2.1492747 
groupe_ageEnfant 
       0.1542855 

Les autres variables étant fixées, le taux de survie des hommes est environ 2,15 fois celui des femmes, celui des enfants environ 0,15 fois celui des adultes, et ceux des passagers de deuxième et de troisième classe environ 0,52 et 0,45 fois celui des passagers de première classe. L’effet du sexe va à l’encontre du principe « les femmes et les enfants d’abord » : le naufrage, survenu en pleine nuit et en quelques minutes, a laissé peu de temps pour organiser l’évacuation.

On peut comparer les taux de survie observés et prédits dans chaque strate :

empress.agr |>
  mutate(taux_predit = predict(modele.additif, type = "response") / effectif,
         taux_observe = survivants / effectif) |>
  ggplot(aes(x = classe, color = sexe)) +
  geom_point(aes(y = taux_observe), size = 2) +
  geom_line(aes(y = taux_predit, group = sexe)) +
  facet_wrap(~ groupe_age) +
  labs(x = "Classe", y = "Taux de survie", color = "Sexe",
       title = "Taux de survie observés (points) et prédits (lignes)") +
  theme_minimal()

Les taux prédits suivent d’assez près les taux observés chez les adultes. Les écarts sont plus marqués chez les enfants, où les effectifs sont petits (4 filles seulement en première classe).

3.6.2 Vraisemblance et score

La log-vraisemblance générale, avant de substituer le lien log, s’écrit

\[ \ell(\boldsymbol\mu;\boldsymbol y) = \sum_{i=1}^n \left\{y_i\log(\mu_i) - \mu_i\right\} - \sum_{i=1}^n \log(y_i!), \]

où le dernier terme ne dépend pas de \(\boldsymbol\beta\) et peut être ignoré pour l’estimation.

Le cas du lien log — Log-vraisemblance et score sous le lien log

Avec \(\mu_i = e^{\eta_i}\), on a \(\log(\mu_i) = \eta_i\), de sorte que

\[ \ell(\boldsymbol\beta;\boldsymbol y) = \sum_{i=1}^n\left\{y_i \eta_i - e^{\eta_i}\right\} + K, \]

où \(K = -\sum_i \log(y_i!)\) ne dépend pas de \(\boldsymbol\beta\).

Dérivée par rapport à \(\beta_j\). En notant \(\dfrac{\partial \eta_i}{\partial \beta_j} = X_{ij}\) (avec \(X_{i0}\equiv 1\)), le terme \(y_i\eta_i\) se dérive directement en \(y_i X_{ij}\). Pour le second terme, par la règle de dérivation en chaîne,

\[ \frac{\partial}{\partial \beta_j}\, e^{\eta_i} = e^{\eta_i}\cdot\frac{\partial \eta_i}{\partial \beta_j} = \mu_i X_{ij}. \]

D’où

\[ \frac{\partial \ell(\boldsymbol\beta)}{\partial \beta_j} = \sum_{i=1}^n (y_i - \mu_i) X_{ij}, \]

et, sous forme matricielle,

\[ \boldsymbol U(\boldsymbol\beta) = \boldsymbol X^\top(\boldsymbol y - \boldsymbol\mu). \]

Cette expression a exactement la même forme que le score de la régression binomiale (Équation 2.2) — seule la relation entre \(\mu_i\) et \(\eta_i\) diffère d’un lien à l’autre.

Comme pour la régression logistique, l’équation \(\boldsymbol U(\boldsymbol\beta)=\boldsymbol 0\) n’a pas de solution analytique : on résout numériquement par IRLS (Fisher scoring), implémenté dans glm avec family = poisson.

3.6.3 Information de Fisher et variance des estimateurs

La loi asymptotique de \(\hb\) est

\[ \hb \;\dot\sim\; \mathcal{N}\{\boldsymbol\beta,\, (X^\top W X)^{-1}\}, \]

où \(W=\mathrm{diag}(w_i)\).

Le cas du lien log — Expression de \(w_i\) sous le lien log

Puisque \(Var[Y_i]=\mu_i\) et \(d\mu_i/d\eta_i = \mu_i\) (lien canonique), le poids IRLS se simplifie en

\[ w_i = \frac{(d\mu_i/d\eta_i)^2}{Var[Y_i]} = \frac{\mu_i^2}{\mu_i} = \mu_i, \]

évalué en \(\hat\mu_i = e^{\hat\eta_i}\). Comme pour la binomiale, \(\phi=1\) ici : aucun paramètre de dispersion additionnel n’est estimé dans le modèle de Poisson usuel.

3.6.4 Déviance et adéquation

La déviance individuelle, obtenue en appliquant la définition générale \(d(y,\mu)=2\{\ell(y,y)-\ell(y,\mu)\}\) à la loi de Poisson, se dérive comme suit.

Le cas du lien log — Dérivation de la déviance

La contribution à la log-vraisemblance d’une observation, en fonction de \(\mu\), est \(\ell_i(\mu) = y\log(\mu) - \mu\) (à la constante \(-\log(y!)\) près, qui s’annule dans la différence). Le modèle saturé pose \(\tilde\mu = y\), d’où

\[ \ell_i(y) - \ell_i(\mu) = \left\{y\log(y) - y\right\} - \left\{y\log(\mu) - \mu\right\} = y\log\!\left(\frac{y}{\mu}\right) - (y-\mu), \]

avec la convention \(y\log(y) \equiv 0\) si \(y=0\). D’où

\[ d(y,\mu) = 2\left\{y\log\!\left(\frac{y}{\mu}\right) - (y - \mu)\right\}. \]

L’adéquation globale se vérifie avec

\[ X^2 = \sum_{i=1}^n\frac{(y_i - \hat\mu_i)^2}{\hat\mu_i} \qquad\text{et}\qquad D = \sum_{i=1}^n d(y_i,\hat\mu_i), \]

qui suivent toutes deux approximativement une \(\chi^2_{n-(p+1)}\) si le modèle est bien adapté et si les \(\mu_i\) ne sont pas trop petits.

Exemple — Adéquation sur empress

mu_hat <- fitted(modele.additif)
n <- nrow(empress.agr)
p <- length(coef(modele.additif)) - 1

X2 <- sum((empress.agr$survivants - mu_hat)^2 / mu_hat)
D  <- deviance(modele.additif)

c(X2 = X2, D = D, dl = n - (p + 1))
       X2         D        dl 
13.564715  9.884635  6.000000 
1 - pchisq(X2, df = n - (p + 1))
[1] 0.03489506
1 - pchisq(D,  df = n - (p + 1))
[1] 0.1295951
round(mu_hat, 2)
     1      2      3      4      5      6      7      8      9     10     11 
 27.09   8.75   0.16  32.77   0.49  14.31   0.43 110.58   2.07  19.50   0.85 

Remarque — Adéquation et taille des \(\mu_i\)

Les deux statistiques ne mènent pas à la même conclusion au seuil de 5 % : la déviance ne rejette pas le modèle (valeur-p \(\approx 0{,}13\)), alors que la statistique de Pearson le rejette (valeur-p \(\approx 0{,}035\)). L’écart s’explique par la taille des \(\hat\mu_i\) : quatre strates ont une valeur ajustée inférieure à 1, ce qui place l’approximation \(\chi^2\) hors de sa zone de validité. La statistique \(X^2\), qui divise par \(\hat\mu_i\), y est particulièrement sensible : les filles de première classe (\(y = 1\), \(\hat\mu \approx 0{,}16\)) et de deuxième classe (\(y = 2\), \(\hat\mu \approx 0{,}43\)) fournissent à elles seules environ les trois quarts de \(X^2\). Avec seulement \(n-(p+1) = 6\) degrés de liberté, aucune des deux valeurs-p ne doit être prise au pied de la lettre.

3.6.5 Variabilité extra-Poissonienne

En pratique, il arrive fréquemment que \(Var[Y_i] > E[Y_i]\), c’est-à-dire que la variance observée dans les données dépasse ce que prévoit la loi de Poisson (qui impose \(\phi = 1\)). Ce phénomène est appelé surdispersion. Deux stratégies courantes permettent d’en tenir compte.

Remarque — Approche quasi-Poisson

On spécifie seulement les deux premiers moments de \(Y_i\), sans supposer de loi précise : \(E[Y_i] = \mu_i\) et \(Var[Y_i] = \phi\,\mu_i\). On obtient les mêmes estimateurs ponctuels \(\hb\) qu’avec la régression de Poisson usuelle, mais \(Var(\hb)\) est multipliée par \(\tilde\phi_P = X^2/(n-(p+1))\), ce qui élargit les intervalles de confiance et rend les tests plus conservateurs. En R : family = quasipoisson. Cette approche permet de construire des intervalles de confiance et des tests valides sur \(\boldsymbol\beta\), mais elle n’implique pas de vraie fonction de vraisemblance : l’AIC et le BIC n’y sont donc pas définis.

Définition — Loi binomiale négative

On dit que \(Y_i\) suit une loi binomiale négative de paramètres \(\mu_i\) et \(\alpha\) si

\[ P(Y_i = y_i) = \frac{\Gamma(y_i + 1/\alpha)}{\Gamma(y_i+1)\Gamma(1/\alpha)}\left(\frac{1/\alpha}{\mu_i + 1/\alpha}\right)^{1/\alpha}\left(\frac{\mu_i}{\mu_i + 1/\alpha}\right)^{y_i}, \quad y_i = 0,1,2,\ldots,\ \alpha > 0. \]

On montre que \(E[Y_i] = \mu_i\) et \(Var[Y_i] = \mu_i + \alpha\mu_i^2\) : la variance excède toujours l’espérance dès que \(\alpha>0\), et la loi de Poisson est retrouvée à la limite \(\alpha \to 0\). Avec \(\mu_i = e^{x_i^\top\boldsymbol\beta}\), les coefficients \(\boldsymbol\beta\) gardent exactement la même interprétation multiplicative que pour la régression de Poisson. En R, on ajuste ce modèle avec la fonction glm.nb de la librairie MASS, qui estime conjointement \(\boldsymbol\beta\) et \(\alpha\) par maximum de vraisemblance (la fonction rapporte \(\theta = 1/\alpha\)).

Propriété — Test de surdispersion

Comme la régression de Poisson correspond au cas particulier \(\alpha=0\) de la binomiale négative, on peut tester \(H_0 : \alpha = 0\) en comparant les déviances des deux modèles emboîtés, \(D_0\) (Poisson) et \(D_1\) (binomiale négative) : \(Q_{obs} = D_0 - D_1\). Comme \(\alpha=0\) se trouve à la frontière de l’espace des paramètres (on ne peut avoir \(\alpha<0\)), la statistique de test ne suit pas simplement une \(\chi^2_1\) sous \(H_0\), mais un mélange

\[ Q \sim \tfrac{1}{2}\chi^2_0 + \tfrac{1}{2}\chi^2_1 \quad\text{sous } H_0, \]

où \(\chi^2_0\) désigne la loi dégénérée en \(0\). Le seuil observé est donc \(\alpha^* = P(\chi^2_1 > Q_{obs})/2\), soit la moitié de ce qu’on obtiendrait avec une \(\chi^2_1\) usuelle.

Exemple — Test de surdispersion sur empress

library(MASS)

modele.nb <- glm.nb(survivants ~ offset(log(effectif)) + classe + sexe + groupe_age,
                    data = empress.agr)
modele.nb$theta
[1] 25506.2
Q.obs <- max(deviance(modele.additif) - deviance(modele.nb), 0)
alpha.etoile <- (1 - pchisq(Q.obs, df = 1)) / 2
alpha.etoile
[1] 0.4828094

L’estimation de \(\theta\) est très grande, donc \(\hat\alpha = 1/\hat\theta\) est pratiquement nul : le maximum de vraisemblance se trouve à la frontière \(\alpha = 0\), et glm.nb peut signaler que l’algorithme a atteint sa limite d’itérations. On a alors \(Q_{obs} \approx 0\) et \(\alpha^* \approx 0{,}5\) : on ne détecte pas de variabilité extra-Poissonienne, et le modèle de Poisson usuel demeure approprié.

3.6.6 Comparaison de modèles emboîtés

Comme en régression logistique, on peut comparer deux modèles emboîtés par différence de déviances plutôt que d’examiner l’adéquation d’un seul modèle.

Exemple — Effet de la classe sur empress

On teste d’abord l’effet de la classe, puis on vérifie si cet effet peut se résumer à une tendance log-linéaire en remplaçant le facteur classe par la variable numérique classe_num. Ce second modèle est emboîté dans le premier : un seul coefficient pour la classe au lieu de deux.

modele.sans.classe <- update(modele.additif, . ~ . - classe)
anova(modele.sans.classe, modele.additif, test = "Chisq")
Analysis of Deviance Table

Model 1: survivants ~ sexe + groupe_age + offset(log(effectif))
Model 2: survivants ~ offset(log(effectif)) + classe + sexe + groupe_age
  Resid. Df Resid. Dev Df Deviance  Pr(>Chi)    
1         8    25.2806                          
2         6     9.8846  2   15.396 0.0004537 ***
---
Signif. codes:  0 '***' 0.001 '**' 0.01 '*' 0.05 '.' 0.1 ' ' 1
modele.classe.num <- update(modele.additif, . ~ . - classe + classe_num)
anova(modele.classe.num, modele.additif, test = "Chisq")
Analysis of Deviance Table

Model 1: survivants ~ sexe + groupe_age + classe_num + offset(log(effectif))
Model 2: survivants ~ offset(log(effectif)) + classe + sexe + groupe_age
  Resid. Df Resid. Dev Df Deviance Pr(>Chi)
1         7    12.0837                     
2         6     9.8846  1   2.1991   0.1381

Le premier test rejette nettement l’hypothèse d’absence d’effet de la classe (différence de déviances d’environ 15,4 à 2 degrés de liberté, valeur-p \(\approx 0{,}0005\)). Le second ne rejette pas le modèle avec tendance log-linéaire (différence d’environ 2,2 à 1 degré de liberté, valeur-p \(\approx 0{,}14\)) : chaque classe inférieure multiplierait alors le taux de survie par un même facteur. Les coefficients du modèle additif (\(-0{,}65\) pour la deuxième classe, \(-0{,}80\) pour la troisième) suggèrent plutôt un écart concentré entre la première classe et les deux autres, mais 11 strates ne suffisent pas à trancher.

3.6.7 Graphiques et observations aberrantes

Comme en régression logistique, on trace les résidus de déviance en fonction du numéro d’observation pour repérer une extra-variabilité, et on examine leviers, distance de Cook et DFBETAS pour repérer les observations influentes.

Exemple — Diagnostics sur empress

Résidus en fonction du numéro d’observation :

res_dev <- residuals(modele.additif, type = "deviance")

plot(res_dev, xlab = "Numéro d'observation", ylab = "Résidu de déviance",
     pch = 19, ylim = c(-2.5, 2.5))
abline(h = 0, lty = 2)
abline(h = c(-2, 2), lty = 3, col = "red")

Aucun résidu de déviance ne dépasse les seuils de \(\pm 2\) ; les plus grands (environ 1,7 et 1,4) correspondent aux filles de deuxième et de première classe, déjà repérées dans l’analyse de l’adéquation.

Estimation de \(\phi\) :

chi2_p <- sum(residuals(modele.additif, type = "pearson")^2)
phi_hat <- chi2_p / (n - (p + 1))
phi_hat
[1] 2.260786

On obtient \(\tilde\phi_P \approx 2{,}3\), ce qui pourrait suggérer de la surdispersion. Cette valeur est toutefois gonflée par les deux mêmes strates à très petit \(\hat\mu_i\) et repose sur seulement 6 degrés de liberté ; elle doit être lue à la lumière du test de surdispersion, qui ne détectait aucune variabilité extra-Poissonienne.

Observations aberrantes et valeurs influentes :

plot(modele.additif, which = 4)

h <- hatvalues(modele.additif)
round(h, 3)
    1     2     3     4     5     6     7     8     9    10    11 
0.801 0.389 0.046 0.775 0.133 0.503 0.119 0.917 0.526 0.564 0.227 
which(h > 2 * (p + 1) / n)
8 
8 

La strate des hommes adultes de troisième classe (observation 8) se détache nettement, avec une distance de Cook d’environ 4,7 et un levier d’environ 0,92. Elle regroupe 446 des 1057 passagers et 115 des 217 survivants : elle pèse donc très lourd dans l’estimation, puisque le poids IRLS vaut \(w_i = \hat\mu_i\). La strate des hommes adultes de première classe (observation 1, distance de Cook d’environ 1,4) est la seconde plus influente ; c’est aussi celle où le taux de survie (\(\approx 0{,}49\)) s’éloigne le plus du régime où l’approximation de Poisson est justifiée.

Le seuil usuel pour un levier élevé est \(2(p+1)/n\). Ici, il vaut \(10/11 \approx 0{,}91\) : avec aussi peu d’observations que de paramètres ou presque, ce repère devient peu discriminant, et il vaut mieux examiner les valeurs qui se détachent nettement des autres.

Remarque — Poisson ou binomial?

Plusieurs taux de survie d’empress sont modérés, et le modèle binomial glm(cbind(survivants, effectif - survivants) ~ classe + sexe + groupe_age, family = binomial) serait plus naturel pour ces données. Il mène aux mêmes conclusions qualitatives (effets de la classe, du sexe et du groupe d’âge de mêmes signes), mais ses coefficients s’interprètent comme des rapports de cotes plutôt que comme des rapports de taux. L’exemple sert ici à illustrer l’offset et les outils propres à la régression de Poisson.